De 2004 à 2007, Ursula était conseillère communale. En fait, elle faisait tout le travail du maire, pourtant élu grâce à son appui. Elle décide donc – ou plutôt, l’association de femmes qu’elle dirige décide pour elle – qu’il faut qu’elle se lance à la conquête de la mairie à l’élection de 2007.
Premier défi : une femme au premier plan, l’humiliation pour les hommes ?
Tant qu’Ursula n’était « que » conseillère communale, les hommes
s’accommodaient de la présence d’une femme dans le cercle presque
exclusivement masculin des autorités locales. A elle l’obscur travail de
fond, au quotidien, au maire l’honneur d’inaugurer les réalisations
obtenues en grande partie grâce à la ténacité et au savoir-faire de la
conseillère. Mais qu’une femme ose se porter candidate à la mairie,
quitter l’arrière-plan pour occuper le devant de la scène, le maire l’a
pris comme un défi personnel. Une akohovavymaneno sur son terrain ? Il a
donc mobilisé ses amis pour barrer la route à l’impudente.
Pourtant, ni Ursula ni son association de femmes – elles étaient et
restent très solidaires – ne s’intéressaient aux honneurs. Pour elles,
le but n’était pas de devenir le numéro Un de la Commune pour le
prestige du poste, ni pour les divers avantages auxquels il peut donner
accès. Pragmatiques, ce qu’elles voulaient, c’était mettre leurs idées
en pratique.
Deuxième défi : sortir des sentiers battus des politiques communales
Ursula et ses amies étaient convaincues que la commune d’Anjinjaomby pouvait et devait être mieux gérée. Par exemple, elles pensaient qu’il n’était pas très utile de se lancer à fonds perdus dans le soutien à l’équipe locale de football, comme le faisait le maire sortant. Pendant sa campagne électorale, plutôt que de multiplier les promesses démagogiques, elles s’attachent à identifier les besoins,les obstacles, et les opportunités de développement.
Le développement, Ursula connaît. Agent vulgarisateur, elle s’occupe
d’alphabétisation et de construction de puits dans les fokontany de la
commune, dans le cadre du Projet d’Appui au Développement Agricole du
Nord-Est (PADANE). Dans l’exercice de sa profession, elle a appris à
écouter la population, et surtout à réaliser leurs aspirations. Et elle
est élue maire.
Le défi initial : la place des filles dans le milieu familial
Ursula est devenue agent vulgarisateur un peu par hasard. Bachelière,
elle a commencé des études de gestion à l’Université de Toamasina ;
mais une fois ses parents divorcés, sa belle-mère rechignait de plus en
plus à lui envoyer de quoi vivre. Elle a donc dû renoncer à ses études
universitaires. La marâtre, par contre, n’a pas osé soulever la colère
de son mari en coupant aussi les vivres à son fils. Le frère d’Ursula a
donc pu continuer à l’Université de Toamasina, tandis qu’elle a été
obligée de rentrer à Sambava, où elle s’est mise à chercher du travail.
Et la suite de la success story ?
La commune d’Anjinjaomby a été déclarée commune pilote, pour cause de
bonne gestion. C’est aussi le cas de la grande majorité des quelque 450
communes dirigées par une femme. Sur plus de 1.600 communes, elles ne
sont qu’environ 3% de femmes maires aujourd’hui.
A-t-on pensé au bénéfice pour le pays, si cette proportion de communes
qui marchent était seulement portée à 20% à l’issue des élections
communales prévues cette année ? [1]
Mireille Rabenoro
http://www.madagascar-tribune.com/Beanarana-Jeanne-Ursula-maire-de,19829.html

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